samedi 8 mai 2010

J'ai démissionné

Je me suis informée, j'ai calculé, j'ai regardé le calendrier, j'ai lu, j'ai laissé un message à mon père...
La job me tue, un autre matin de nausée, je n'ai pas le goût d'y aller; je n'ai jamais le goût d'y aller, de laisser ma fille aux soins de quelqu'un d'autres, pour aller faire ce que je fais, alors que je sais faire mieux. La scission avec ma fille est trop difficile à chaque fois. C'est le printemps, il fait plus beau que jamais et je dois la laisser aux soins de quelqu'un d'autre, alors que je préfèrerais rester avec elle ou du moins, gagner notre pain avec quelque chose qui me donnerait de l'air au lieu de m'étouffer. J'ai besoin de créer.

Mon père m'a rappelée, de retour du grand tour de New York à vélo. Je lui ai dis que j'ai pris une grande décision, celle de démissionner. Je lui explique ce que j'ai écris dans les postes précédant. Il a connu ma mère, bien sûr, celle qui voulait devenir technicienne de laboratoire, mais à qui le père lui a répondu: "Tu es une femme, si tu veux travailler, tu seras une couturière ou une secrétaire, sinon le rôle d'une femme, est de rester à la maison et torcher les enfants". Ma mère n'avait pas de don pour la couture; elle a su être secrétaire. Mais elle détestait le faire. Puis elle rentrait à la maison, épuisée du travail, épuisée de se faire croire qu'elle devait mener cette vie qui n'était pas la sienne, pour l'argent, pour la maison, pour l'enfant, pour le père... Pour tout le monde sauf elle? Mais vient ensuite le surmenage, la crise de nerf, la bouteille de vin, le martini, le foyer détruit. Ma mère n'avait pas non-plus le don d'être une mère. Mais elle a fait ce qu'elle a pu, avec les cartes qu'elle avait. Et lorsqu'elle a baissée les bras, le cancer l'a emportée.

Est-ce que j'étais nerveuse de savoir ce que mon père allait penser? Oui. Est-ce que mon père est le type d'homme à me dire de sacrifier tout ce que je suis pour les autres. Non. Entre autre, parce qu'il sait que je suis trop rebelle pour me le faire dire. Je n'entends pas, je n'ai jamais voulu entendre. J'aurais dû, pourtant, parfois. Il y a longtemps, mon père a tenté de me dire que le choix de mes cours s'ouvriraient à mon choix de carrière et que la carrière devrait me conduire à un revenu. Si l'argent ne donne pas le bonheur, il apporte le pain sur la table, il apporte une maison, ce qui est important dans un pays où il fait -20°C l'hiver et +30°C l'été. Je ne comprenais pas, à l'époque, je n'entendais pas. J'étais une princesse, malheureuse du côté de ma mère, mais gâtée, car sans soucis du côté de la sécurité financière.

J'ai fait à ma tête et j'ai choisi les mauvaises cartes. Mauvaise mise. Mauvaise main. Mauvais jeu. Jeu de survie. Entre le cancer et la dépression, il fallait garder la tête hors de l'eau, respirer sans être trop étouffée. Avais-je une si mauvais main? Non, car j'avais bien des choses à régler avant de passer aux choses sérieuses. Régler la dépression, faire la paix avec ma mère, trouver un homme bon et digne de confiance. Ce n'est pas une mince affaire lorsqu'on a un coeur déjà autant fissuré.

J'ai déposé les cartes sur la table. J'ai gagné. J'ai perdu. Fini de jouer. On change de jeu. On change de cartes. Trouver une mise plus forte, de meilleures cartes. De nouvelles cartes.

Mon père m'a dit qu'après avoir fait des études dispendieuses (comme les miennes), il n'a pu que trouvé un emploi qu'en tant que commis aux pièces. Après un certain temps, il a réalisé qu'il était bien payé, mais que ce n'était pas ce qu'il voulait faire, ce n'était pas la direction dans laquelle il avait étudié. Il a tout laissé, pour prendre un emploi dans son domaine, à l'autre bout de la ville, moins bien payé... Mais il a tellement monté dans son domaine qu'aujourd'hui, il est renommé, chose qui n'aurait pu arriver s'il était resté à l'emploi mieux payé de commis aux pièces. Et il conclut en me disant: "Je n'ai jamais regretté d'avoir quitté cet emploi, même si au début, ça semblait déraisonnable".

Avoir ou non l'approbation de mon père n'aurait pas changé ma décision, seulement mon émotion; je me serais sentie en conflit avec lui. Je me serais sentie incomprise. Mais je l'aurais fait quand même. J'ai toujours été têtu, mais je ne l'avais pas été depuis longtemps.

J'ai donné ma démission Mardi -- je l'aurais donnée Lundi s'ils avaient eu du temps pour moi. Ma dernière journée de travail sera le 2 Juillet. Un peu moins de deux mois.

Ça ne change pas que j'ai toujours peur. Peur de quitter la stabilité, la sécurité financière, de ne pas arriver à retrouver ma Muse des Beaux Arts, peur de l'échec... Ah, l'échec, une de mes plus grandes peur. Tu es encore là, devant moi. Oui, tu es là. Je te vois, je te sens. Et oui, j'ai encore peur de toi. Mais non, cette fois tu ne m'empêcheras pas. Depuis ma dépression, au fond de mon puits, je t'ai regardé, tu m'as pas cessé de intimider. Plus maintenant. La dépression est fini, l'échec est passé. Le jeu est tombé, il me faut des nouvelles cartes. Je ne sais pas encore si j'ai retrouvé ma Muse, mais au moins, je sais que je retrouve, ici, maintenant, un autre morceau de moi-même que j'ai malencontreusement laissé tomber au cours de ma dépression.

Il y avait longtemps que je n'avais pas pris de décision audacieuse, tout laisser tomber et choisir le risque.
Il y avait longtemps que, face à l'impasse, je décide de faire demi-tour, de me tremper dans l'eau froide.
Mais je l'ai fais souvent, avant. C'est bien moi de le faire.

Je ne suis pas sûre si ce texte fait de sens pour vous. Mon écriture est toujours... différente, passée une certaine heure. Pour moi, ça fait tout son sens, trop de sens même. C'était peut-être mieux, en fait, que ce soit dit à mi-mot... Peut-être qu'un jour, lorsque les entre-lignes seront connus, le tout deviendra compréhensible.

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