mardi 7 octobre 2014

Chasser les fantômes du passé

     Qui aurait cru que j'avais tant de "fantômes" à chasser, qui aurait cru que ce me serait si difficile? Mais aujourd'hui, je suis venue écrire ici que j'ai fait un grand ménage! 
     Depuis l'âge de 9 ans j'écris "dans un but sérieux de publication" et bien sûr, le premier manuscrit de 200 pages que j'ai terminé à 13 ans (que j'ai écrit sur 2 semaines de travail intensif) ne devait pas être publiable... ni celui que j'ai envoyé à 16 ans ou à 24 ans (tous deux refusés par l'édition, et heureusement!!!)
     Parce que j'ai essuyé ces "échecs", de nombreuses fois des "amis" me disaient, un après l'autre: "Tu devrais arrêter de niaiser avec l'écriture et te trouver une "vraie job". Tu vois bien que ça te mène nul part? N'est-ce pas temps d'arrêter de rêver et passer aux choses sérieuses?" Mes vrais amis l'ont compris: écrire pour moi, ce n'est pas un "I wanna be an arrrrrrrtist", c'est quelque chose de plus fort que moi, c'est une urgence, un besoin! Je ne cesserai de le dire, écrire est pour moi une thérapie, un troisième poumon sans lequel ma vie serait fade...
     Et quoique je sonne peut-être très convaincue ce matin que c'est ce que je dois faire de ma vie, il ne m'a jamais été facile pour moi de me défaire de cette avis culturel qui veut que "réussir dans la vie", ça veut dire d'avoir une bonne job qui rapporte beaucoup suffisamment d'argent pour bien vivre. Eh bien, ça fait un peu plus de trois ans que je n'ai pas d'emploi et que je reste à la maison avec les enfants pour m'occuper de leurs besoins (ils sont plus particulier dans le cas de ma plus grande).
     Ce n'est pas facile de vivre sans revenu, au crochet de son homme qui doit fournir pour toute la famille. Il y définitivement une perte de l'autonomie, pas seulement pour soi, mais aussi pour toute la famille; on n'a pu l'argent pour faire des sorties simple, ou du moins, elles deviennent exceptionnelles. Et quand les amies de filles veulent faire une sortie entre fille, ce simple repas au restaurent est LA dépense de l'année.
     Mais le temps que j'ai accordé à mes filles a été précieux; dans le cas de ma grande, il était nécessaire. Je n'ai pas été payé pour le faire et bien des gens de la société de travaillistes le voit comme une honte: une femme qui est à l'époque du droit au travail et qui bafoue l'activisme de toutes les féministes du passer en restant à la maison... Non, je suis désolée: nous sommes à l'époque où nous avons le choix, que ce soit la mère ou le père, de rester à la maison pour l'épanouissement des enfants.
     Toutes les mères à la maison savent que ce n'est pas facile, on n'a jamais de congé, pas même lorsqu'on est malade... et ce n'est pas gratifiant côté société non-plus. Il n'y a que les amis proches, la famille proche, les orthophonistes et les ergothérapeutes que l'on voit toutes les semaines qui voit le fruit de nos efforts pour l'éducation de nos enfants et qui nous gratifie. Et moi, je sais que je ne regretterai JAMAIS d'avoir pris ce temps pour ma fille. J'ai été là lorsqu'elle avait besoin de moi, je l'ai aidé, je l'ai fait voir tous les spécialistes dont elle avait besoin, j'ai travaillé fort sur son bonheur et son épanouissement, comment pourrais-je une seconde regretter ce choix, de primer la vie avant l'argent? Jamais je ne le regretterai, au contraire, j'en suis fière! 
     Depuis que je prépare l'entrée scolaire de ma grande, la question revient: que vais-je faire? Car bien-sûr, on s'attend à ce que je reprenne le travail. Des amis soucieux de moi m'ont offert des emplois, m'ont fait des suggestions et parfois même envoyé des offres d'emplois qu'ils ont penser pouvoir potentiellement m'intéresser, parce que je suis bonne en graphisme, ou en naturopathie et herboristerie ou nutrition, ou.... C'était fort apprécie et j'ai bien vu que c'était de bonne foi. Un grand merci à tous :)
     Mais je vais vous dire ce que je veux faire. Je l'ai toujours su, c'est l'évidence même: écrire. Sinon, dessiner et peindre. Quiconque me connaît depuis l'enfant le sait que c'est ÇA, mon "bliss", ma félicité, mais raison d'être. Il y a plus de 15 ans que je tourne en rond, à me disputer contre mes fantômes intérieurs qui me font douter, hésiter, avoir honte de rester à la maison sans revenu alors que j'ai plein de talents et d'intérêts... Mais c'est le propre de l'écrivain (et surtout celui de fantasy / science-fiction comme moi!) que de s'intéresser à tous et n'importe quoi... non pas dans le but d'en faire un métier de chacun de ces petits intérêts, mais bien pour mieux construire des personnages! Il y a plus de 15 ans que j'accumule sur ma table de travail, diverses projets d'écriture... j'en ai tellement, j'ai de quoi m'occuper pour le reste de ma vie!
     Alors, aujourd'hui, je suis sûre de moi, oui. Il n'y a rien d'autres qui me branche, là "here and now". Et savez-vous quoi? La seule personne que ça pourrait déranger (soit, mon conjoint!), eh bien, il préfère que je reste à la maison et que je travaille sur ce qui me rend heureuse! Nous sommes ensemble depuis près de 15 ans; il a vu comment je suis dans les jobs qui rapportent plus d'argent: elles me rendent dépressive, car je sens que c'est une perte totale de mon potentiel, de mon temps et de ma vie! Ce n'est pas pour avoir une job que je suis venue sur terre, dans cette peau, dans cette vie: c'est pour écrire! Et peindre en second lieu! Le projet du DragonVert tient toujours; c'est pour moi comme "travailler pour trouver sa maison", c'est à loisir et pour le confort. 
     C'est presque ridicule d'avoir cherché si longtemps quelque chose qui a été là depuis le début de ma vie... mais les influences culturelles ont pesé lourd. C'est le temps que ça m'a pris d'admettre tout cela et de faire la paix avec le tout. Le seul fantôme qui me reste, c'est ce sentiment que la situation écologique est si catastrophique, que c'est ridicule d'écrire plutôt que de tenter de sauver la situation... Alors, il y aura sûrement un souffle activiste dans ce que je vais écrire, pour celui-là. Ce billet n'est pas un coup de gueule, ni un coup de colère prémenstruel, c'est au contraire un élan de passion! 
     Maintenant, fini de tergiverser, j'ai beaucoup de travail à faire! :D 

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