samedi 30 avril 2016

Début des cours d'arts

La réalité de l'écriture de genre au Québec

     Je ne voulais pas faire la girouette cette fois. J'ai mis une éternité à trouver ma priorité #1, l'écriture, et je voulais m'y appliquer, y donner tout mon temps, ma concentration et mes efforts. Puis, une discussion est apparue sur Facebook, écrit par Natasha Beaulieu, auteure de six romans et de nombreuses nouvelles, où elle rappelait rapidement combien la littérature de l’imaginaire, surtout au Québec, n'est réellement pas payante (voici ladite conversation).
      Bien sûr, je ne désire pas être auteure pour la fortune, loin de là. J'ai avant tout une pulsion, une urgence, un besoin d'écrire, et je vais continuer de le faire, peu importe. Par contre, dernièrement, j'ai tout de même un objectif financier que j'aimerais rejoindre. Le commentaire de Natasha, qui ne m'apprenait rien en soi, me rappelait la réalité du milieu et par conséquent, l'utopie de mon entreprise. 
     Je n'ai pas l'intention d'abandonner, mais ce « reality check » m'a rappelé que les auteur(e)s québécois(es) les plus prolifiques que je connais ont tous deux jobs. Ils sont soit auteur et traducteur, auteur et réviseur, auteur et directeur littéraire et scénariste, ou encore auteur et enseignant... Il n'y en a que deux que je connaisse (dans le milieu de la littérature de l’imaginaire) qui ont quitté leur premier emploi pour ne s'appliquer qu'à l'écriture et l'un d'eux l'a fait après avoir écrit et publié pendant quinze ans.
     Bref, ça m'a fait réaliser que mon objectif d’avant, soit d'avoir un œuf dans chaque panier, est bel et bien réaliste aux métiers que j'ai choisis.
     Il a été difficile de trouver une seule passion, mais remettre des flèches à mon arc est au contraire super facile. Le #2, c'est bien entendu l'Art.

Phase de changements

    Nous avons débuté l'aventure de vendre notre condo pour acheter une maison. Le mois passé, nous avons fait une offre, conditionnelle à la vente de notre condo, sur une grande maison en besoin de rénovation pour la remettre au goût du jour. Mon conjoint a lancé dans l'excitation, et pas tellement longtemps après la conversation de Natasha mentionnée ci-haut : « Tu t'imagines, c'est tellement grand, tu vas avoir la place pour ressortir ton atelier d'art! » J'avais plein de projets en tête pour la maison, mais je n'y avais pas pensé du tout. 
    Mon atelier a été rangé lorsque nous avons eu notre première fille en 2008, par manque d’espace. Mais avant cela, j'ai passé des années à vivre un grand blocage au niveau artistique, entre 2000 et 2008. Dans cette période, j'ai réussi à faire quelques projets, comme deux couvertures pour Brins d'Éternité en 2006-2007, mais j'avais encore l'impression de travailler contrecourant. Dernièrement, dans les... disons deux dernières années, j'ai repris de petits projets de dessins/peintures sans grandes ambitions, pour le plaisir, et j'ai senti que le blocage n'était plus là. Il ne restait que de la rouille de ne pas avoir réalisé grands choses depuis plus de quinze ans.
    Lorsque mon conjoint a suggéré de ressortir mon atelier, je me suis donc emballée. On aurait dit que les étoiles s'alignaient enfin.
     Mais une dernière chose me fatigue. Je connais mes limites. Je les connais par cœur. Et elles me paralysent. Et je n'ai plus envie de rester figée là.
    Depuis peut-être un an ou plus, je suis la page de l'Académie des Beaux-Arts de Montréal sur Facebook. J'ai commencé à regarder plus en profondeur leur site officiel, comment ça marche, combien ça coûte, les horaires... J'avais en tête de reprendre des cours d'arts. Bien que j'aie fait mon Cégep en Arts plastiques, au Cégep Édouard Montpetit, on y a appris beaucoup l'expression artistique, mais nous n'avions en fait aucun cours de dessin ni peinture... On avait plutôt des cours de comment casser toutes les limites, comment plonger dans l'art contemporain, l'art abstrait, etc. Je me suis laissée aller au jeu, quoique je savais préférer le figuratif-imaginaire. Je n'ai par contre jamais eu de cours de dessins, ni de cours de peinture en soi. Bon, peut-être un peu de tutorat par mon père lorsque j’avais huit ans ou par certains professeurs au secondaire, sans plus. Ce que je fais, je l'ai appris de manière autodidacte, avec des livres. Et j'ai plafonné.

     Lorsque j'ai mentionné à mon conjoint que je regardais pour des cours d'arts, sans trop savoir comment je vais arriver pour les payer, il a répondu: « Enfin! Il était temps! Ça fait tellement longtemps que je te dis que tu devrais d’y retourner! Oh, et pis, ne t'en fais pas pour l'argent, je vais te les payer! » C'est vrai qu'il me l'a dit plusieurs fois par le passé, pas trop pour ne pas me mettre de pression sur les épaules, mais juste assez pour que je m'en rappelle. Il m'a d'ailleurs dit plusieurs fois que si je devais aller à l'université, je devrais y aller dans les Beaux-Arts.
      Bien sûr, pendant que tout le monde autour de moi ne comprenait pas mes blocages et me disaient naïvement: « Tu ne devrais pas arrêter l'art, tu es tellement bonne! » et que mon conjoint me disait de reprendre des cours... moi j'étais en pleine chasse aux démons intérieurs qui me hantent la nuit, que me fige devant les feuilles blanches, qui me crispaient les doigts sur le crayon d’où aucune expression n’arrivait à transiter entre mon esprit et ma main, qui me font voir tous les défauts de mes réalisations sans ne jamais parvenir à apprécier les points forts. On dirait que l'inquisition prend fin et que je peux me remettre à l'art tranquillement.
     J'essaie de me dire que cette fois, je ne fais pas la girouette, je ne fais que m'ajuster à un « reality check ». Avoir deux ou trois métiers, pour m'assurer un revenu. On dit toujours que les revenus d'artistes ou d'écrivains ne sont pas stables... mais dans mon cas présent, vaut mieux un revenu instable qu'aucun revenu du tout!
     Merci mon chum de me soutenir dans ce que je fais.
     Merci mon chum de n’avoir jamais (JAMAIS!) douté de moi.




Cours d'arts

     C'est ainsi que j'ai eu mon premier cours de dessin mardi passé. Yéh! Je suis arrivée avec de l'avance pour discuter avec la professeure, pour qu'elle sache ce que je veux travailler. Elle m'a demandé de faire « quelque chose »... qui ne m'apparaisse pas trop difficile, étant donné que je suis rouillée, que j'ai vécu des blocages et tout le reste. Elle voulait que mon expérience, mon retour au dessin, soit agréable, donc idéalement de rester dans ma zone de confort. 
     À l'ACADEM, il y a tout un mur rempli d'installations pour des natures mortes, des statuettes, des vases, des drapés, avec des lumières (le tout, qu'on ne doit pas toucher, car d'autres élèves dans d'autres classes reviendront terminer de dessiner ces scènes). J'ai donc choisi une nature morte, avec certaines zones de confort, mais aussi quelques défis en même temps (comme le reflet de la théière en métal et le drapé).
     Voici mon premier dessin, de mon premier cours de dessin, fait en... environ deux heures ou deux heures et demie. Je n'avais pas grand matériel avec moi (j'ai amené ce qu'on m'a suggérée d'amener pour un premier cours).






     À la fin du cours, la professeure est venue regarder mon travail et elle s'est étonnée que je ne sois pas plus contente, plus satisfaite de ce que j'avais accompli, en « si peu de temps et avec aucune directive de sa part ». J'étais encore dans mes vieilles habitudes de regarder les défauts, ce qui aurait pu être mieux. J'ai dû admettre que malgré certaines maladresses (le drapé surtout et ici et là, le clair obscur qui n'est pas optimal), il n'y a pas d'erreur flagrante, la perspective est correcte, etc.

    Mais aujourd'hui, suite à une longue conversation avec une amie, je vais plutôt prendre le temps de célébrer. Ce n'est pas petit ce qui m'arrive. J'ai été au Cégep en Arts plastiques, puis j'ai fait une formation au privé en infographie 3D. J'étais persuadée qu'un avenir glorieux m'attendait, mais ma carrière n'a jamais levée, je me suis retrouvée à plat ventre dans la boue, trois ans de dépression médicamentés (pour d’autres raisons côté sentimental), après quoi j'ai été caissière... J'ai vécu échec après échec, blocage après blocage... Ce fut pour moi toute une leçon d'humilité, de « dés-enorgueillir » qui j'étais avant et devenir un peu plus qui je suis aujourd'hui...
    J'ai dû apprendre à ne pas avoir de mépris pour « l'échec » car le seul échec qui soit, c'est finalement l'abandon. Pour le reste, ce sont des leçons de vie, desquels on peut se relever plus grand et mieux instruit. Puis éventuellement, chasser mes démons intérieurs, passer par-dessus les blocages, aller de l'avant. Reprendre le dessin. Avoir l'humilité de suivre des cours de dessins, peu importe le niveau que je suis, car on n’a finalement jamais fini d'apprendre. De vouloir aller plus loin encore. Et le faire.
     Ma victoire de la semaine.
     Et je dois reconnaître que c'est une des grandes victoires de ma vie. Wow! :)



6 commentaires:

  1. Wow, toutes mes félicitations! C'est une grande étape dans ton cheminement, à ce que je vois! :D

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    1. Merci Isabelle! ^_^
      Oui, en effet, un grand mur de franchit. Il en reste quelques autres, mais presque plus :P ^_^

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  2. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  3. Bonsoir mademoiselle!

    Juste dire que le lien vers ledit échange de Mme Beaulieu est le même que le lien précédent (menant à son profil d'auteure chez Alire)

    Et merci pour votre billet plein d'espoirs et nourricier.

    Mes salutations. :)



    PS. Pour le commentaire supprimé, un de mes mots avait été mal écrit. O.O

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    1. Un gros merci Gabrielle pour ton remerciement, autant que pour m'avoir pointé l'erreur de lien (qui est maintenant corrigé!!) Merci encore :)

      Démie

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  4. De rien Démie. ^ ^ Ça me fait plaisir. Il faut s'entraider entre blogueurs.

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